L’Education à la Paix

J’ai envie de partager avec vous ce superbe devoir effectué par une de nos stagiaires en formation qualifiante auprès de notre centre de formations Montessori « Apprendre Montessori ».

Cette formation qualifiante de 1 an, permet aux stagiaires de devenir éducatrice ou éducateur Montessori. Cela fait de nombreuses années que nous avons mis cette formation en place et chaque année une soixantaine de personnes se forment et pour la très grande majorité trouvent un emploi à la sortie de cette formation car les écoles apprécient le sérieux de notre parcours. Elle est également suivie chaque année par plusieurs professeurs des écoles qui souhaitent enrichir leur expérience.

En effet, les stagiaires pendant toute cette année ont une partie théorique importante sous forme de sessions de formations sur le matériel, sur la philosophie, sur la posture de l’éducateur, sur le développement de l’enfant, l’organisation d’une classe, l’art, le rôle de l’assistante, l’enseignement de la philosophie auprès des petits, l’enseignement d’une 2ème langue, etc… etc… et ceci en présentiel et/ou sous forme de visio-conférences et les stagiaires ont une partie « pratique » très importante sous forme d’un minimum de deux demi-journées en classes avec la prise de responsabilités progressive d’enfants de 2 ans 1/2 à 6 ans. Tout ceci sous la tutelle d’une formatrice également enseignante qui leur accorde des entretiens très réguliers, corrigent leurs travaux, répondent à toutes leurs questions, etc…

Pour obtenir tous les renseignements sur cette formation qualifiante qui peut avoir lieu sur toute la France, et même dans les Dom-Tom et à l’étranger, vous pouvez contacter : formation@montessoriathena.com et consulter notre site.

Voici un des sujets de réflexion demandés et la réponse effectuée par une stagiaire formidable. J’ai personnellement trouvé cette façon d’illustrer le sujet très pertinente et passionnante.

Sylvie d’Esclaibes

SUJET DE REFLEXION

Sujet : L’éducation à la paix passe par la culture. Justifiez.

La paix sera dans les prochaines décennies un enjeu de survie de l’humanité. Plus que jamais elle devra se faire dans la tête des hommes. En effet la paix, comme l’avait bien compris Maria Montessori, n’est pas seulement la non-guerre ou l’absence de conflit entre des individus (conduisant à un idéal social et politique). C’est également un état de calme, de tranquillité, de « non perturbation » intérieure, une tranquillité d’âme. C’est la capacité à admettre et comprendre la complexité, la capacité à coopérer avec l’autre, l’esprit critique, le sens du compromis, la perception aiguë de l’unité et de la diversité simultanée du monde. « L’établissement d’une paix durable est l’objet même de l’éducation, la responsabilité de la politique n’étant que de nous protéger de la guerre », affirmait Maria Montessori.

Le projet de Maria Montessori, dans la conception de ses écoles, est déjà porteur de cette idée de paix. Eduquer à l’autonomie, rendre les enfants indépendants dans leurs actions, et dans la gestion des relations, est une façon détournée de les aider à instaurer d’eux-mêmes une ambiance pacifique et calme. S’ils sont respectés et éduqués dans un cadre bienveillant, ils apprennent à obéir à eux-mêmes et non aux autres. Ils ne vont donc par exemple pas suivre un leader qui les entrainerait dans la violence. Cela permet d’éviter les conflits, ou en tous cas, de les résoudre plus facilement. Mais le concept de paix peut aussi être insufflé au travers du contenu des apprentissages. Et quel meilleur outil que la culture pour instaurer la paix ?

La paix est déjà à installer à l’intérieur de soi. Le fait, pour l’enfant, d’apprendre par lui-même, et de pouvoir surmonter par lui-même tant de difficultés, lui donne, sans nul doute, une satisfaction intérieure qui accroît son sentiment de dignité personnelle et une paix intérieure. La possibilité de choisir ses propres activités l’aide aussi à renforcer des comportements que nous ne pensons pas habituellement caractéristiques de l’enfant, un sens de l’autonomie et de l’initiative, par exemple. Maria Montessori s’attelait en effet à cette tâche primordiale qu’est le rétablissement du psychisme humain.

Le développement de la Raison contribue également à instaurer la paix en soi. Pensons aux philosophes des Lumières, qui ont cherché, grâce au pouvoir de la Raison, à combattre l’Obscurantisme, qui conduit aux guerres, manipulations de l’esprit, croyances en des superstitions etc. Cet accompagnement dans le développement de la Raison réside dans la posture de l’éducateur. Ainsi, lors des expériences scientifiques, il est très important de donner à observer le phénomène à l’enfant, sans apporter d’explication. Lors de l’expérience du verre retourné dans l’activité Air et eau, nous ne dirons pas : « Tu vois, la pression de l’air et celle de l’eau s’équilibrent avec le papier », mais : « Aujourd’hui, nous avons fait l’expérience du verre rempli d’eau que l’on retourne et qui ne se vide pas ». Pensons également à l’Arche romane que l’enfant aura plaisir à construire et expérimenter seul, ce qui suscitera en lui le désir, plus tard, de comprendre le fonctionnement de la clé de voûte. Cela permet de ne pas imposer une explication, l’enfant peut ainsi explorer son environnement avec ses sens, développer son propre savoir et son propre jugement et rendre sa pensée autonome. N’oublions pas que les enfants sont très souvent capables de réflexions beaucoup moins naïves qu’elles n’en ont l’air, les laissant apparaitre comme de petits philosophes aptes à penser le monde.

L’enfant doit également apprendre développer un sentiment de paix dans sa prise de conscience de l’existence d’ autrui. Il est ainsi fondamental de le connecter dès le plus jeune âge au Vivant, afin de développer à son égard un sentiment de respect et d’admiration. L’activité Vivant / Non Vivant, introduite très tôt, appelle la prise de conscience du Vivant. L’activité sur les règnes animal et minéral permet dans un second temps d’insuffler la paix avec la nature, dont l’enfant découvre les différents règnes. Cela s’accompagne en parallèle de la découverte des puzzles de zoologie et de botanique. Par la suite, l’expérimentation sur la germination, les semis ou la plantation de graines / bulbes, les sorties en nature (observation, récoltes) et l’observation du cycle de vie des animaux et de la graine permettent d’ancrer ce sentiment de respect pour la nature, dont l’enfant comprend qu’elle est en perpétuelle évolution, avec un éternel recommencement. Grâce à ces activités, il prend conscience de l’importance de la vie sur Terre. Il évitera certainement d’écraser volontairement un insecte et n’hésitera pas à mettre à l’abri un escargot qui se sera aventuré sur la route.

            La paix s’installe également à travers un rapport entre soi et le Vivant, entre soi et le monde. Le but est d’aider l’enfant à accomplir son potentiel humain pour qu’il sache ce qu’il doit faire là où il est sur Terre, ce qui va l’animer dans la vie, et quelle sera sa place dans ce monde. Il est capital de l’aider à devenir conscient de son pouvoir sur l’univers, et de lui donner l’envie de s’investir, de lui proposer des missions. Cela passe par la responsabilisation par rapport au monde animal et végétal : s’occuper des plantes et d’un animal dans la classe, de façon régulière et attentive par exemple. Par la suite, des projets de classe pourront être menés en lien avec des associations ou des enfants issus de pays étrangers. Pensons au projet d’Elsa Grangier qui a permis à une classe de CM2 de banlieue défavorisée de s’engager pour la planète (Le lobby de Poissy). Ces enfants ont construit, en collaboration avec des classes d’une dizaine de pays différents, la première déclaration européenne des droits de la Terre, présentée en Commission européenne et aux Nations Unies. A notre époque il est fondamental de faire acquérir aux enfants une responsabilité écologique dès le plus jeune âge, et ces activités sont fondamentales.

D’autres activités, comme L’importance du soleil ou Le système solaire vont dans ce sens également. L’observation de l’infiniment petit (insectes, germination etc) et de l’infiniment grand (système solaire, nuages etc) permet le renforcement de la valeur personnelle : l’enfant est un tout petit point dans l’Univers, mais il est un Tout. Il est constitué d’une machinerie merveilleuse digne de la plus grande admiration. Cette idée sera introduite par les activités autour du corps humain : les parties du corps, puis les muscles, les organes, le squelette.

Se situer dans le temps permet aussi de connaitre sa place dans l’Univers. Des activités comme La poutre du temps ou La cérémonie d’anniversaire offrent des repères très concrets sur le temps qui passe et la façon dont l’enfant peut se situer dans l’Histoire et son cours.

Ce sentiment de paix avec la nature est indissociable d’un sentiment de paix avec le monde, dont l’enfant découvre les différentes cultures. Le tri de drapeaux des pays du monde, l’observation des pochettes des continents portant sur les habitants, les habitations, les vêtements etc permettra de développer un sentiment de tolérance pour autrui. Dans ces visages d’enfants des quatre coins du monde observés sur les photographies des pochettes des continents, l’enfant ne pourra s’empêcher de se découvrir des alter ego, des enfants qui certes sont physiquement différents, mais qui ont les mêmes préoccupations que lui : jouer, être en famille, aller à l’école etc. Cela développe une capacité à reconnaître que l’autre est à la fois semblable à soi et digne des mêmes égards, et en même temps radicalement différent et digne du même respect. Cela souligne l’importance d’avoir pleinement conscience de son plein potentiel, mais aussi de celui de l’autre.

L’art est également un très bon support permettant de prendre place dans le monde, en exprimant ses émotions et sa sensibilité. Après l’activité de classification des grands peintres, l’enfant pourra découvrir des œuvres célèbres, et cela éveillera en lui l’envie de poser lui aussi son propre regard sur le monde à travers son œuvre personnelle. Le fait de laisser parler ainsi son intériorité et de s’exprimer permet à l’enfant d’être en accord avec le monde et l’environnement.

La paix est donc une construction, et de nombreux moyens sont mis en œuvre au sein des écoles Montessori pour insuffler son idée : aussi bien l’environnement dans lequel évolue l’enfant, que la gestion des relations entre les enfants, le contenu disciplinaire et la posture de l’adulte.

Nous pouvons nous hasarder à songer que cette pédagogue visionnaire qu’était Maria Montessori aurait souhaité un engagement du monde de l’éducation en faveur de l’écocitoyenneté, et qu’elle aurait adapté ses pratiques aux problématiques actuelles concernant l’environnement, le développement de l’intelligence artificielle etc. afin de créer l’homme de demain et de l’aider à s’adapter à son futur environnement. L’idée majeure de cette pédagogue est en effet que « l’enfant contient en lui-même le secret de l’homme, cet inconnu » (L’Enfant), il adopte ainsi la posture d’un véritable « guide » « vers une nouvelle voie de civilisation » qui, comportant des êtres épanouis et éclairés, serait bâtie sur la paix et le bonheur. En insufflant la paix en chaque enfant, l’idée serait d’insuffler la paix dans le monde. Nous devons croire à l’enfant comme à un messie, comme à un sauveur capable de régénérer la race humaine et la société. L’enfant a un pouvoir que nous n’avons pas, celui de bâtir l’homme lui-même. Aux adultes et éducateurs de lui fournir les outils pour qu’il mène à bien sa mission.

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