Peu d’enseignants ont conscience de leur impact affectif sur les enfants

J’ai trouvé un interview très intéressant de Boris Cyrulnik sur le “e-mag de l’Education vousnousils”.

Montessori confiance en soi
Un enfant confiant

Depuis 25 ans, je me rends compte de l’influence énorme qu’un enseignant peut avoir sur un élève. Si l’enseignant croit en l’enfant, et comme le dit si bien Boris Cyrulnik, s’il sait dire les bonnes paroles d’encouragement, de reconnaissance des efforts, l’enfant peut vraiment faire des miracles.

Combien j’ai rencontré d’enfants ayant totalement perdu confiance en eux à cause de remarques désobligeantes et parfois même humiliantes de la part de certains professeurs.

En revanche, c’est chaque année que des petits élèves arrivent dans ma classe doutant complètement d’eux-mêmes, et en échec scolaire, et vu que je crois toujours en les capacités de chaque enfant, je leur démontre chaque jour qu’ils sont capables, je mets en valeur chacun de leurs progrès, et là au bout de quelques semaines, parfois de quelques mois, ils se mettent à progresser et à réussir. J’en ai encore eu l’exemple plusieurs fois cette année.

Montessori succès
Elève en échec

Lisez l’histoire d’A. dans ma classe qui était en plein échec scolaire, en plein doute et qui aujourd’hui lit de mieux en mieux, connaît parfaitement sa numération, sait faire des opérations, a considérablement progressé en écriture et pendant les cours de philosophie c’est lui qui fait les remarques les plus intelligentes.

Il faudrait vraiment que les enseignants réfléchissent à cela : leurs mots ont une influence énorme sur les enfants, et cela à tout âge. Les professeurs devraient recevoir une formation psychologique afin de mieux comprendre tout cela et aussi afin de mieux aider les enfants.

Sylvie d’Esclaibes

 Peu d’enseignants ont conscience de leur impact affectif sur les enfants

Boris Cyrulnik est le ‘psy’ le plus célèbre et le plus apprécié de France. Alors que les réformes du collège et des programmes alimentent les débats, il nous livre son diagnostic sur l’école.

B.Cyrulnik (c)DRFP Odile Jacob

Vous avez cosigné une tribune du Monde intitulée « Contre l’école inégalitaire, vive le collège du XXIe siècle ». Qu’est-ce qui vous a motivé à entrer dans le débat autour de la réforme du collège ?

Montessori
Boris Cyrulnik

C’est le constat que l’école a perdu sa capacité d’intégration : intégration des enfants des classes sociales défavorisées et intégration des enfants issus de l’immigration. Dans ma génération, seuls 3% des enfants faisaient des études supérieures, mais lorsque j’étudiais la médecine, il y avait plus de 10% d’enfants « pauvres  », contre moins de 2% actuellement.

Désormais, en France, faire un bon parcours scolaire suppose d’abord d’habiter dans les quartiers où sont situés les bons lycées et d’avoir accès à la culture. Car ce n’est pas la pauvreté qui provoque l’échec scolaire, c’est l’éloignement des sources de culture.

Le psy que vous êtes n’explique quand même pas cette fracture par la seule carte scolaire !

Non en effet, l’autre facteur déterminant c’est l’importance des interactions préverbales. Les bébés qui, avant de savoir parler, sont sécurisés par une niche sensorielle riche et une stabilité affective éprouveront leur entrée à l’école comme une exploration amusante. Ils représentent deux enfants sur trois et ce sont les futurs « bons élèves ». Les autres, insécurisés à cause d’un drame familial (mort, maladie, conflits parentaux…) ou parce que leurs conditions d’existence sont difficiles, vont acquérir un attachement insécure. Pour eux, la première rentrée sera souvent perçue comme un petit trauma et beaucoup continueront à vivre la scolarité comme une épreuve.

Les enseignants ont-ils un rôle à jouer dans cette « sécurisation » de l’enfant ?

Montessori - professeur
De bons enseignants

Oui, mais ils ne se pensent pas dans ce rôle-là. Nous avons en France de bons enseignants, motivés, bien formés et désireux de bien faire leur métier. Mais peu ont conscience de l’impact affectif qu’ils ont sur les enfants. Certains instituteurs, professeurs de collège et de lycées, vont rassurer et réconforter les enfants par leur façon d’être, leur manière de parler, leur attention à reprendre autrement une explication mal comprise… Généralement, ils ne s’en rendent pas compte. Un encouragement, une appréciation de leur part qui seraient perçus comme des banalités par des adultes, auront chez un gamin en recherche de sécurisation, une valeur inestimable. Ce sera un événement émotionnel fort qui participera à structurer sa personnalité. D’ailleurs, lorsqu’on évoque avec des étudiants leurs motivations à suivre telle ou telle filière du Supérieur, il y a presque toujours le souvenir d’un enseignant en particulier.

Enseigner, éduquer, faire de l’assistanat social… estimez-vous qu’on demande trop aux enseignants ?

Montessori paix
Des enfants agressifs

Absolument ! Les enseignants sont formés et payés pour instruire or, on leur demande de plus en plus d’éduquer. Non seulement ce n’est pas leur rôle, mais c’est aussi très compliqué, car le nombre d’enfants agressifs a beaucoup augmenté. Les problèmes anxieux de ces gamins ne naissent pas à l’École, mais c’est là qu’ils s’y expriment.

À mon époque nous faisions beaucoup de bêtises, mais nous admirions nos profs et cela ne posait aucun problème entre nous. Bien sûr, une très large majorité d’élèves continue d’avoir de l’estime pour leurs enseignants, mais ce sont les élèves les plus rebelles qui impriment l’ambiance d’une classe. En 2015, les élèves qui apprécient les enseignants sont une majorité… silencieuse.

Comment le psychiatre explique-t-il que l’école cristallise systématiquement les tensions dans la société ?

Parce que s’y joue quelque chose de fondamental, ce dont nous avons tous conscience.

Montessori travaux manuels
Métier de l’artisanat

L’enjeu social de l’école est devenu faramineux. Quand j’étais enfant, il y avait un concours d’entrée pour accéder au lycée. Sur 40, quatre ont été autorisés à se présenter à l’examen, trois ont été reçus, dont votre serviteur. Mais il n’y avait aucune humiliation pour les autres, tout aussi fiers que nous d’aller apprendre un métier d’artisan, d’ouvrier ou de paysan. Aujourd’hui les parents associent le fait de rater sa scolarité à celui de rater sa vie. Et désormais ce qui construit notre identité sociale, c’est le diplôme. Résultat, la « sélection » est extrêmement forte et précoce. Tout cela avec l’aval des parents qui surinvestissent le rôle de l’école ; il suffit de constater combien d’entre eux paniquent à l’idée que l’on puisse assouplir des rythmes scolaires alors que toutes les études sérieuses en ont confirmé le bien-fondé.

Justement, si vous occupiez pendant quelques heures le fauteuil de ministre de l’Éducation nationale, quelle(s) décisions(s) prendriez-vous ?

Celle de fuir ce poste à toutes jambes ! (rires). L’enjeu est si grand, l’institution si lourde à manœuvrer qu’elle me semble impossible à réformer. Nous serions toutefois bien inspirés de prendre exemple sur les pays nordiques. Comme eux, il nous faudrait nous intéresser à la sécurisation des tout petits, retarder leur entrée à l’école, ne pas attribuer de notes en primaire, raccourcir la durée des cours, confier des activités éducatives à des tiers issus du monde de la culture ou du sport, etc. Dans les pays d’Europe du Nord, on recense 1% d’illettrés ; ils sont plus 10% en France. Chez eux le nombre de suicides d’adolescents a diminué de 40% en 10 ans ; chez nous c’est un fléau.

Montessori cerveau
L’intelligence.

Il ne faut jamais oublier que l’intelligence est incroyablement plastique, qu’un mauvais élève peut devenir bon en l’espace de quelques mois quand il est dans un milieu sécure. Or, plus un système est rigide – et le nôtre l’est – moins il tient compte de cette plasticité de l’intelligence

4 commentaires sur “Peu d’enseignants ont conscience de leur impact affectif sur les enfants

    1. bonjour Claire-Lise, C’est vrai certains professeurs transmettent leur passion. C’est la raison pour laquelle dans notre lycée Montessori, je choisis toujours des professeurs passionnés par ce qu’ils enseignent car c’est alors formidable pour les élèves. Merci encore et à bientôt

  1. j’ai adoré ce que vous avez ecris et je le partage merci beaucoup car vous aviez su me redonner confiance en ce que j’ai adapté avec mon fils ainsi que mes eleves en classe.

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