Casser les idées reçues – 7ème épisode

Casser les idées reçues – 7ème épisode

« De toutes façons, sans ce matériel Montessori hors de prix on ne peut pas faire de Montessori … ».   FAUX.                                                            

Certes la pédagogie de Maria Montessori repose sur un matériel didactique qui est résultat de nombreuses années d’observation et de recherches du Docteur Maria Montessori.

Elle concevait et fabriquait de nombreux matériels qu’elle faisait essayer ensuite aux élèves de ses écoles et par ses observations de leur utilisation, elle vérifiait si ces matériels étaient conformes aux attentes didactiques envisagées ainsi qu’aux besoins des enfants et à leurs capacités. De nombreux matériels ont alors été abandonnés, d’autres modifiés et les plus cohérents et adaptés étaient conservés !  

Certains matériels d’autres pédagogues ou confrères comme les Tables de Séguin ont aussi pu être adoptés par Maria Montessori qui les a intégrés alors dans sa progression de matériels.

Ce matériel scientifique, étalonné répond aux périodes sensibles de l’enfant ainsi qu’à 5 caractéristiques importantes :                                      

  • Une seule difficulté à la fois : le matériel Montessori isole une difficulté adaptée à l’enfant. Ainsi l’enfant découvre tous les concepts et toutes les notions des plus simples aux plus complexes sans se heurter à toutes les difficultés en même temps. Il les appréhende pas à pas, une difficulté à la fois, ce qui est très progressif et motivant pour l’enfant.                                         
  • La manipulation et le sensoriel : le matériel Montessori est conçu pour que l’enfant s’en imprègne par ses sens afin d’« ancrer » les notions plus durablement et facilement dans son cerveau : rugosité à toucher, quantités du système décimal à manipuler.                
  • Le matériel est « beau » : en effet le matériel Montessori est fabriqué avec des matériaux nobles, les couleurs de certains matériels attirent l’œil et la recherche dans l’agencement des étagères et la création de plateaux est toujours dans le respect de l’harmonie. En plus de l’intérêt didactique et de la réponse aux besoins de l’enfant, cette belle harmonie invoquée par le matériel attire l’enfant qui a plaisir à le manipuler.                                                              
  •  Le matériel est parfaitement adapté à l’enfant : poids, taille, facilité de manipulation. Le matériel a été conçu pour les enfants et leurs capacités. Sans se heurter à un quelconque problème d’emploi du matériel, l’enfant peut ainsi librement et de manière autonome l’utiliser une fois présenté !          
  •  Le matériel est autocorrectif : toujours dans l’idée de permettre à l’enfant d’utiliser le matériel en autonomie et librement, le matériel détient une difficulté et sa résolution en lui-même. L’enfant travaille, tâtonne, comprend et résout un problème seul avec son matériel sans demander la vérification ou correction de l’adulte.                                      

On comprend alors pourquoi ce matériel est si cher et pourquoi il est aussi indispensable dans nos écoles.

Mais pour autant, le matériel ne fait pas tout !

La bienveillance et la bonne posture de l’adulte, l’environnement préparé, le respect du rythme et l’observation fine de l’enfant, l’accompagnement de  l’enfant vers  le vivre ensemble et l’empathie, sont tout aussi importants et un gage très important de la qualité de l’enseignement Montessori !      

Sans matériel on peut donc déjà essayer de mettre en pratique des petites choses pour accompagner l’enfant avec cette philosophie Montessori.

  • La bienveillance : Maria Montessori délivre une pédagogie basée sur une éducation à la paix et donc une pédagogie de l’amour : «Traitez toujours l’enfant avec la plus grande politesse et offrez-lui le meilleur de ce dont vous disposez” a écrit Maria Montessori.  Le respect de l’enfant dans ce qu’il est, est la base de tout.
  • Pas d’éloges ni punitions : on invite l’enfant à travailler pour lui même, pour étancher sa soif avide et profonde d’appendre et répondre à ses questions sur le monde qui l’entoure. Nous ne nous permettons donc pas de « juger » son travail mais nous l’accompagnons dans ses progrès et l’aidons à persévérer et à se dépasser avec bienveillance et douceur.
  • Respect de son rythme : nous prenons le temps d’observer l’enfant et voir vers quelles activités il est attiré pour lui proposer des activités adaptées à ses besoins et élans. De même nous ne proposerons pas d’activités qui pourraient le mettre en échec ni sans « challenge » qui pourraient l’ennuyer, nous cherchons la juste et bonne difficulté.
  • Prendre le temps de la présentation : « apprends-moi à faire seul ». L’autonomie dans les gestes du quotidien et pour la bonne réalisation d’une activité cela s’apprend et cela demande de la part de l’adulte de bien prendre le temps nécessaire pour cela. Pour une bonne présentation, on va décomposer la séquence nécessaire à la réalisation de l’activité et présenter les gestes un à un de manière fluide et compréhensible à l’enfant. La présentation est primordiale pour permettre à l’enfant d’évoluer et de manipuler en autonomie des activités sans difficultés qui pourraient le décourager.
  • L’autonomie et le libre-choix de l’enfant : penser à mettre à disposition de l’enfant un environnement préparé qui lui permettent d’y agir en autonomie ! Hauteur des étagères adaptée, objets à sa taille, etc… que l’enfant puisse en autonomie évoluer dans son environnement sans se mettre en danger ou sans se heurter à des embûches infranchissables. Ensuite par « libre-choix », on entend de laisser l’enfant choisir de manipuler les activités qu’on lui a présentées autant de fois et autant de temps qu’il le souhaite. Ce lâcher-prise de l’adulte est parfois difficile car parfois l’enfant a besoin de ne faire qu’une même activité pendant plusieurs jours voire plusieurs semaines. Et parfois il peut aussi avoir un besoin de ne rien faire. Il faut accepter de faire confiance à l’enfant et pendre toujours le temps de l’observation pour envisager une situation qui nous semblerait devenir inquiétante.
  • Proposer des activités pertinentes : toujours en lien avec le respect des caractéristiques de base du matériel Montessori, on veillera à proposer des activités qui répondent à ces mêmes exigences. Pour vérifier si une activité est pertinente, on garde en mémoire les questions suivantes :  notre activité répond-elle à un besoin observé chez notre enfant ? Notre activité offret-t-elle une découverte ou le développement d’une faculté ou connaissance culturelle intéressante  pour notre enfant ? Sa taille et/ou le poids des objets sont-ils adaptés à notre enfant ?  Notre activité n’imposet-telle qu’une seule difficulté et est-elle autocorrective ? Notre activité induit-elle du mouvement et de la manipulation concrète et fait-elle appel aux sens ? Notre activité est-elle bien présentée et jolie ?

En bref, appliquer la philosophie ne passe pas que par le merveilleux matériel élaboré par Maria Montessori et on peut, dès à présent, et ce même à la maison sans matériel spécifique avec des objets et activités du quotidien mettre en application ces préceptes et proposer une approche Montessori à son enfant !

Claire Duquenne pour Sylvie d’Esclaibes

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