De plus en plus d’élèves angoissés

De plus en plus d’élèves angoissés

Depuis 30 ans que j’ai créé et dirige des écoles Montessori, je me rends compte de l’augmentation flagrante du nombre d’élèves en phobie scolaire et en malêtre à l’école.

Il y a encore 10 ans, lorsque nous étions contacté par une famille dont le jeune allait mal, nous étions très étonnés et il représentant « le cas » de l’année. Aujourd’hui, chaque jour, nous recevons plusieurs appels ou mails de parents inquiets parfois même désespérés car leur enfant est en phobie scolaire, en décrochage scolaire, en dépression nerveuse, etc… et ne peut plus aller dans l’école classique. Avant cela arrivait à des jeunes de 14/15 ans et maintenant de plus en plus jeunes et parfois même dès la maternelle.

Développer la confiance en l’adulte

Ceci est très inquiétant et je me demande toujours les raisons de ce drame de notre société. Au Lycée International Montessori Athéna de Bailly, beaucoup de ces jeunes retrouvent la confiance en leurs enseignants, et l’envie de venir à l’école. Pour se remettre au travail, c’est indispensable. Tant que la confiance et le bonheur d’être dans leur établissement scolaire, ne sont pas là, il est impossible de leur demander de se mettre au travail. Parfois même, ils se trouvent bien dans l’environnement de notre collège et lycée, mais le travail ne suit pas car ils ont totalement perdu le goût d’étudier.

Comme je l’ai écrit dans mon livre « Montessori au collège » paru chez Balland, il est primordial que le collège et le lycée deviennent un lieu où le jeune ait envie d’être mais pas seulement pour étudier mais aussi pour vivre d’autres choses. Chez nous, les lycéens me demandent d’utiliser nos locaux pour faire leurs fêtes d’anniversaire, pour célébrer des évènements importants pour eux. Pendant les week-end, ils demandent à venir jouer au tennis de table ou utiliser la salle de sports pour leurs entrainements. Et ils sont fiers d’y convier leurs amis même extérieurs à l’établissement en restant très vigilants sur le respect des lieux.

Montessori école
Les collégiens et les lycéens doivent être heureux dans leur établissement.

Ils sont heureux aussi de participer à la vie de l’établissement en organisant des évènements comme Halloween pour les plus petits, en venant aider pour la mise en place des kermesses, des barbecues, etc… en créant des ventes de petits déjeuners, ou de déjeuners pour les plus jeunes, en décorant les couloirs, l’entrée, et leurs salles pour célébrer des fêtes.

Il est également primordial que ces jeunes créent une relation de confiance, de communication mutuelle avec les enseignants ou/et la direction. C’est très souvent, que des lycéennes viennent me rencontrer pour me raconter leurs problèmes de coeur, ou leurs soucis avec leur famille. Et ils le font également avec leurs professeurs. Ils peuvent ainsi mieux exprimer leurs angoisses à l’approche de certains contrôles ou examens, ou vis-à-vis de certaines matières. Et ainsi nous pouvons mieux les aider puisqu’ils osent en parler.

Je suis heureuse de partager cet article paru dans le Figaro en octobre 2018 car il va malheureusement dans ce sens. Je pense également qu’il devrait être mis à la disposition des enseignants des outils ou des formations complémentaires afin de mieux comprendre les jeunes et d’établir de meilleures relations avec eux.

Et cela commence dès la maternelle et les classes primaires. En effet, les neuroscientifiques ont bien prouvé que l’enfant apprenait beaucoup mieux lorsque l’environnement était bienveillant. Je reprendrais les termes de Boris Cyrulnik dans un interview donné en janvier 2017 : « Ce sont donc aussi aux crèches et à l’école de créer l’attachement qui va permettre aux enfants de se sentir +sécurisés+ et de pouvoir entrer pleinement dans les apprentissages.  » Et également : « Et même si des progrès ont été faits, il faut en France insister sur l’importance de l’affect: quand on parle, quand on joue, quand on se familiarise avec des enfants, on développe une relation affective qui permet ensuite de stimuler tous les autres apprentissages.

Si un professeur des écoles est rigide, il inhibe le développement de l’enfant. Or on ne peut rien transmettre, ou difficilement, à un enfant inhibé ou malheureux.

Si à l’inverse, le professeur est plus souple, par son comportement ou sa formation, cela permet à l’enfant de renforcer les apprentissages. Et un enfant qui s’épanouit à la maternelle est bien parti dans l’existence.  »

Il ajoute qu’il faudrait compléter les formations que les professeurs des écoles reçoivent : « Les professeurs des écoles ont un bon niveau universitaire mais qui n’est pas toujours adapté à la fonction sécurisante qu’ils doivent offrir aux enfants. Certains ont même un doctorat. Cela ne leur permet pas pour autant d’apprendre à un enfant qui arrive en maternelle à s’adapter à l’école. « .

Lors de nos formations Montessori dispensées par l’organisme de formations Montessori « Apprendre Montessori« , les formatrices et moi-même insistons toujours auprès des professeurs des écoles, des Atsem, des professionnelles des crèches, et des assistantes maternelles,  sur le rôle primordial que jouent les adultes qui s’occupent des enfants. Il est indispensable de créer cet environnement bienveillant tant matériel qu’humain pour que l’enfant soit heureux d’y être. Maria Montessori insistait également énormément sur la nécessité, avant de s’occuper d’enfants, de faire un travail sur soi afin de se débarrasser de mauvaises émotions comme la colère et l’orgueil. Et trop d’enseignants l’oublient encore aujourd’hui et se permettent de ne pas apporter le meilleur du point de vue psychologique aux enfants. La conséquence est que cela laisse des traces très importantes sur les enfants qui, lorsqu’ils grandissent, entrent dans un malêtre très inquiétant.

Se construire sans stress

Dans les micro-crèches Montessori Heididom, des formations Montessori ont lieu très régulièrement tout au long de l’année afin justement de toujours garder cette bienveillance auprès des enfants dès le plus jeune âge et de créer toujours un environnement où l’enfant puisse se construise dans la confiance en l’adulte et sans stress.

Et n’oublions pas que dans nos écoles Montessori, un des principaux objectifs est le développement de la confiance en soi. En tant qu’enseignants, nous cherchons tous les moyens pour atteindre cet objectif. J’ai d’ailleurs écrit un livre avec ma fille, Noémie d’Esclaibes, afin d’aider les parents et tous les adultes à développer cette compétence : « Donner confiance à son enfant grâce à la méthode Montessori » chez Leducs.

Je vous laisse lire cet article de Marie-Estelle Pech dans le Figaro

« Les élèves français, champions de l’anxiété

Par Marie-Estelle Pech
Mis à jour le 11/10/2018 à 07h58 | Publié le 10/10/2018 à 20h02

INFOGRAPHIE – Une enquête du Conseil d’analyse économique montre qu’ils ont moins confiance en eux que dans les autres pays de l’OCDE.

À écouter les trois auteurs de la note déprimante du Conseil d’analyse économique révélée mercredi, la France va dans le mur en matière d’éducation. «Tous les indicateurs sont dans le rouge en matière de capacités comportementales des élèves», explique Élise Huillery, professeur d’économie à l’université Paris-Dauphine. Analysés via le questionnaire international Pisa, les jeunes Français de 15 ans se distinguent par leur très faible estime personnelle, leur grande anxiété et leur manque de persévérance pour dépasser leurs difficultés scolaires. Ils se considèrent aussi comme particulièrement mauvais en mathématiques alors que ce n’est pas forcément le cas: la France se situe dans la moyenne des pays de l’OCDE.

«Tous les indicateurs sont dans le rouge en matière de capacités comportementales des élèves»

Élise Huillery, professeur d’économie à l’université Paris-Dauphine

Enfin, ils présentent une forte défiance envers le système scolaire en général et une faible capacité à coopérer entre eux par rapport aux autres pays de l’OCDE. «À part la Corée du Sud et le Japon, voire le Pérou, personne ne fait pire que nous», insiste la chercheuse. L’Allemagne et les États-Unis nous dépassent et de loin. Certes, nos voisins latins, comme l’Espagne et l’Italie, font également moins bien que les pays du Nord, plus doués pour insuffler confiance et persévérance aux élèves. Mais ils sont également meilleurs.

Le système éducatif français ne parvient pas non plus à développer le sens du collectif: le sentiment d’appartenance des élèves à leur établissement scolaire est faible. Plus généralement, il se singularise par un climat de défiance. Plus d’un tiers des élèves français considèrent que les relations ne sont pas bonnes avec la plupart de leurs enseignants, soit l’un des plus hauts niveaux de conflictualité au monde. Un peu plus d’un élève français sur trois considère que leurs enseignants les traitent de façon injuste, soit à nouveau l’une des proportions les plus élevées de l’ensemble des pays de l’OCDE.

Méthodes trop conservatrices

Ce déficit en termes de confiance concerne autant les élèves défavorisés que les élèves favorisés, sans distinction. Par ailleurs, alors que les filles réussissent en moyenne mieux que les garçons à l’école, elles présentent des compétences sociocomportementales moins élevées que les garçons dans tous les pays. En France, l’indice du sentiment d’anxiété scolaire des filles est près de dix fois plus élevé que celui des garçons! Ce diagnostic est d’autant plus inquiétant, juge Élise Huillery, que des travaux récents en économie montrent que les compétences sociocomportementales jouent un rôle central dans la capacité à apprendre, améliorant la réussite scolaire. Elles favorisent ensuite la réussite professionnelle. Et elles ont «un impact décisif sur les performances économiques et sociales globales», insiste la note.

En écho aux lacunes des élèves, les enquêtes internationales montrent que les adultes français ont «moins confiance dans leurs propres capacités et valorisent davantage la sécurité que l’innovation». Selon l’enquête World Values de 2015 portant sur l’évolution des valeurs des adultes dans une centaine de pays, les Français se caractérisent par une plus grande défiance et un moindre optimisme. Défaitistes, les adultes comme les enfants considèrent avoir peu de maîtrise sur les événements qui leur arrivent.

De même, les relations hiérarchiques dans les entreprises françaises sont plus verticales et plus conflictuelles que dans les autres pays européens, avec un impact déterminant sur la productivité, l’innovation et la croissance, mais aussi sur le niveau de bien-être en France. Ces compétences se développent tout au long de la scolarité. Si l’école ne constitue pas l’unique cause du retard de la France, elle «reste le moyen d’action le plus pertinent en termes de coût-bénéfice pour y remédier». Pour Élise Huillery, les méthodes pédagogiques françaises sont «trop conservatrices. Elles ne prennent que peu en compte la psychologie des enfants.» Les professeurs, «dont la formation et le recrutement ont très peu évolué depuis soixante ans, sont compétents dans leur discipline mais pas en matière pédagogique».

Ils devraient bénéficier d’une formation continue à hauteur de 600 à 800 millions d’euros par an pour rattraper le retard français, estime Élise Huillery. Il s’agirait notamment d’insister sur la personnalisation de l’enseignement et le travail coopératif. Des expériences internationales ont fait preuve de leur efficacité. Dans un programme ciblé sur la persévérance des collégiens aux États-Unis, des élèves ont été invités à rédiger une série d’essais sur leurs valeurs personnelles dans le but d’encourager l’affirmation de soi: les élèves changent de perception sur eux-mêmes et leur performance scolaire augmente. »

3 commentaires

  1. La lecture de cet article est apaisante … Il existe donc bien des lieux d’enseignement pour nos enfants dans lesquels les adultes qui y travaillent ont compris la force de leur rôle et la fragilité de leurs élèves … qui sont avant tout des enfants. On ne peut pas obliger un enseignement à se former, à évoluer, à mieux comprendre … en revanche un enseignant peut lui, forcer un enfant à s’abîmer, à se perdre … Il me semble que notre société en est encore là … Gratitude pour tous ceux qui accompagnent les enfants dans l’Amour, gratitude parce que c’est le seul et si simple chemin vers la Paix …

  2. Merci ! Votre article me met du baume au cœur! Comment faire pour que l’education nationale évolue ? Peut on l’espérer avant le prochain siecle?

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