Les Français et la langue anglaise : de pire en pire …

Les Français et la langue anglaise : de pire en pire…

Montessori mathématiques

En concret, multiplication d’un nombre décimal par un entier.

Les Français et la langue anglaise : de pire en pire…

Un cours de langue dans les locaux d'EF à Boston, aux Etats-Unis.

Un cours de langue dans les locaux d’EF à Boston, aux Etats-Unis.

Autant le dire tout net : pour ce qui est de la maîtrise de la langue anglaise, la France se classe parmi les cancres de l’Europe. Au 24ème rang sur 27 pays, pour être précis. Seuls trois pays parviennent à faire moins bien qu’elle : la Russie, la Turquie et l’Azerbaïdjan. Et elle se classe loin, très loin derrière des traditionnels meilleurs élèves de la classe que sont les pays du Nord de l’Europe. Au plan mondial, enfin, le résultat est à peine meilleur : la France figure au 37ème rang sur 70 pays classés. Une Bérézina.

Tels sont les résultats 2015 de l’Indice de compétence en anglais réalisé par Education First (EF), un organisme spécialisé dans l’enseignement des langues, qui propose des stages et séminaires linguistiques dans un grand nombre de pays. Publié pour la 5ème année consécutive sur les mêmes critères, cet Indice EF constitue désormais une référence au plan international.

Le principal atout de cet Indice EF est que sa méthodologie ne change pas, année après année : elle repose avant tout sur une évaluation serrée des compétences en matière de compréhension orale et de lecture de la langue anglaise, réalisée auprès d’un vaste échantillon : pour cette édition, plus de 900.000 adultes ont été testés. Le baromètre EF est en outre très orienté sur les jeunes – pour l’essentiel âgés de 18 à 30 ans. « De la sorte, on perçoit très vite les évolutions, car les jeunes ne sont pas noyés dans une masse d’adultes de tous âges, souligne Kate Bell, l’auteur du rapport sur l’Indice EF. Quand le système éducatif de tel ou tel pays accomplit un réel progrès, cela se voit rapidement dans les résultats obtenus à la sortie du système scolaire.« 

En jaune et en rouge, les pays à "faible" et "très faible" compétence en anglais.

En jaune et en rouge, les pays à « faibles » et « très faibles » compétences en anglais.

La France progresse moins que la plupart des autres pays

Et ce que fait apparaître l’Indice EF n’est guère flatteur pour notre pays… Même des pays comparables comme l’Italie, l’Espagne, le Portugal ou la Roumanie, tous de langue latine, devancent désormais la France. Quant aux pays francophones ou partiellement francophones (Luxembourg, Suisse, Belgique), ils nous précèdent également.

Le pire, c’est que les choses ne s’arrangent pas, au contraire. En un an, la France a ainsi reculé de 8 places dans le monde – elle était 29ème en 2014. Le signal d’alarme a pourtant été tiré à de multiples reprises. Mais alors que la plupart des pays mal classés mettent en oeuvre des réformes et prennent des initiatives pour combler leur retard, la France se contente de prendre acte de son recul progressif. Et cela ne semble pas déranger grand monde du côté des responsables de notre système éducatif. « La France progresse très peu, alors que la plupart des autres pays avancent plus rapidement, note Kate Bell. Lors de la première édition de l’Index, la France se situait dans le milieu du tableau. Année après année, on la voit perdre des places. La progression relative de la plupart autres pays, beaucoup plus rapide, est très frappante.« IMG_7459

Est-ce grave ? Assurément, oui. Car la maîtrise de l’anglais, faut-il le rappeler, est la clef de l’ouverture internationale. Dans un monde globalisé, il faut maîtriser l’anglais pour être pleinement acteur de sa carrière. On peut le déplorer, mais il est trop tard pour changer cet état de fait. Pour un nombre croissant d’emplois, l’aptitude à communiquer en anglais est un impératif.

Tentatives d’explication

A quoi attribuer cette déroute ? On peut avancer plusieurs facteurs, d’importance inégale :

1. Une première explication tient à une spécificité d’ordre « phonétique » de la langue française elle-même : elle est dépourvue d’accent tonique, ce qui ne facilite pas l’acquisition de l’anglais oral, langue dans laquelle l’accent tonique et les inflexions de voix jouent un rôle capital.

2. Dans aucun autre pays, la question de la défense de la langue nationale ne revêt une telle importance. Et cela, paradoxalement, alors que les Français sont les champions de l’auto-dénigrement. Les premiers à trouver que ce qui se fait hors de l’Hexagone est meilleur. Il suffit pour s’en convaincre de voir s’allonger les files devant les cinémas pour voir le moindre navet anglo-saxon, de voir l’engouement pour les chansons en anglais ou les vêtements venus d’Amérique du Nord…3. De façon générale, la France a du mal avec la mondialisation. Elle est parfois – souvent – tentée par le repli sur elle-même, l’érection de barrières et de frontières – les élections régionales en administrent une nouvelle illustration. Il y a clairement deux populations parmi les jeunes : l’une ouverte sur le monde, à l’aise avec l’international, volontiers anglophone ; et une autre beaucoup plus rétive à toute ouverture – y compris au plan linguistique.

L'un des bâtiments d'EF à Boston.

L’un des bâtiments d’EF à Boston.

4. Mais la principale raison réside sans doute dans notre façon d’enseigner la langue anglaise dans le secondaire. Une façon qui, si elle a évolué, tarde à se mettre au goût du jour. On continue en effet à enseigner les langues avec des classes de 30 élèves (voire plus). « Or au-delà de 10 élèves par classe, il devient très difficile de donner la parole à chacun de façon significative, estime Kate Bell. Avec une classe de 30 élèves, on ne peut pas vraiment apprendre à parler. » Sans compter qu’en cas de prise de parole, il est perçu comme très important de ne pas commettre d’erreur. Le résultat, c’est que nombre d’élèves préfèrent ne pas parler… Et que les enseignants se focalisent sur l’écrit, et privilégient le cours de type magistral à l’interactivité et à l’échange.

A cela s’ajoute un problème de technologie : l’ordinateur reste encore insuffisamment utilisé, alors qu’il pourrait en partie pallier le manque d’enseignants, au moins pour certains aspects. Enfin, l’accent est mis la grammaire et sur la littérature, plutôt que sur le vocabulaire courant et l’usage pratique. En clair, on continue d’enseigner de façon très académique. Certes, ce n’est pas inintéressant, c’est même méritoire. Mais ce n’est pas efficace pour préparer les élèves à s’exprimer dans un monde globalisé…

5. Autre problème de fond, le refus de faire de l’apprentissage de l’anglais une priorité. On enseigne l’anglais au collège et au lycée, certes, mais cette langue n’est pas traitée de façon spécifique – alors qu’elle occupe une place à part dans les échanges internationaux. « Il existe en France une réticence forte à définir l’anglais comme une langue à part, observe Kate Bell. Du côté des pouvoirs publics, on ne ressent aucun sentiment d’urgence, aucune vraie volonté d’avancer. Et il n’y a pas non plus de pression sociale. Le problème dépasse le seul cadre de l’éducation nationale. C’est une particularité française assez surprenante pour un observateur extérieur. Alors que d’autres pays ont lancé des plans ambitieux pour combler leur retard – avec des résultats probants. L’Espagne, par exemple, a créé des écoles primaires bilingues, où un tiers de la journée se déroule en anglais. Il s’agit d’un programme pilote, qui a peu à peu été élargi. Aujourd’hui, on dénombre plus de 300 écoles de ce type. » En France, on vient au contraire de décider de supprimer les classes bilingues : cela ne va pas arranger les choses…

Ajoutons que ce décrochage en anglais ne semble pas être le seul : année après année, les tests Pisa, par exemple, font apparaître un recul relatif de notre pays dans plusieurs matières, comme les mathématiques ou la compréhension de la lecture.

Le piètre résultat de la France dans le baromètre EF ne doit donc pas surprendre. Etudier l’anglais pendant 7 ou 8 ans et sortir du lycée et être au final incapable de suivre une conversation dans cette langue est même quasiment devenu la norme dans l’Hexagone. Et cet énorme gaspillage d’énergie et d’argent public ne semble choquer personne… Il faudra bien pourtant y remédier un jour. Mais comment ?

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