Le modèle éducatif est à réinventer

Le modèle éducatif est à réinventer

Montessori pédagogie

André Giordan

Voici un interview très intéressant d’André Giordan, qui est actuellement directeur d’une entreprise de conseils en éducation, culture et organisation Giordan consultant et interactant et professeur à l’université de Genève.

Cet interview me semble très intéressant à partager avec vous car nous mettons en place dans notre établissement le Lycée International Montessori Athéna, de nombreuses idées exprimées dans cet interview par Monsieur Giordan.

Tout d’abord la relation avec les parents et l’intervention de certains parents dans l’enseignement à l’école est une chose que nous cherchons à mettre en place et lors de notre réunion de rentrée avec les parents de collège et lycée, nous avons bien expliqué cela à nos parents d’élèves : tout d’abord nous avons besoin d’être partenaires si nous voulons que l’enfant s’épanouisse et réussisse à l’école et ensuite leurs interventions  nous semblent très importantes. Pendant notre semaine d’orientation, plusieurs parents viendront faire part de leurs expériences professionnelles. D’autres ont la gentillesse de faire profiter nos enseignants de leurs compétences : psychologie, techniques d’apprentissage, etc… et dans la classe de primaire, des parents d’élèves viennent chaque jour faire lire nos élèves, et faire également des interventions sur leurs métiers, leurs expériences, leurs cultures, etc… Un autre parent d’élèves qui est auteur de livres leur enseigne chaque semaine l’histoire.

Montessori art

Tableau réalisé sur le thème couleurs chaudes couleurs froides

Ensuite, l’enseignement de l’Art tient dans notre programme une place très importante de la maternelle au baccalauréat. A partir du collège et jusqu’aux terminales, l’art est enseigné chaque semaine par un grand spécialiste, Joël Philippin, avec qui j’ai créé cet établissement, et qui de part son métier de maître-artisan en métiers d’art de très haut niveau, transmet ses connaissances et son expérience à nos élèves de façon extraordinaire. Nos élèves apprécient tant ses cours qu’une grande majorité de la classe de Terminale a choisi de présenter cette option au baccalauréat.

Montessori art

Tableau en cours par une jeune élève de 14 ans

Pour cet enseignement, Joël a créé toute une méthode d’enseignement qui permet de révéler l’imagination et la créativité que chacun porte en soi de façon souvent insoupçonnée et que de nombreuses inhibitions tendent à annihiler. Cette méthode a pour but de faire découvrir à chacun des possibilités méconnues.

Cette méthode d’apprentissage très progressive permet essentiellement aux élèves de ne jamais être en échec et de réaliser des ouvrages toujours aboutis dont ils sont fiers.

Montessori individualité

Chaque enfant est unique.

Enfin la pédagogie Montessori telle que nous l’appliquons, respecte entièrement la personnalité de chacun, refuse tout formatage et en laissant les enfants libres d’être eux-mêmes, leur permet de s’épanouir, de se révéler et de découvrir en eux, qui ils sont vraiment, et ce pour quoi ils sont faits.

Sylvie d’Esclaibes

Interview André Giordan

De nouvelles voies pour notre éducation ?
La vision experte d’André Giordan, Membre du Comité d’inspiration de TEDxChampsÉlyséesED.

André Giordan, agrégé de biologie et ancien professeur est connu pour ses recherches sur l’élaboration d’un savoir par une personne à l’école et hors de l’école d’une part, par la recherche scientifique d’autre part’. Il nous apporte ici son point de vue de professionnel de l’enseignement. Pour lui, « le modèle éducatif est à réinventer », la France est restée figée dans des habitudes centenaires et ne développe plus dans sa formation « un amour du métier et du travail bien fait ». Pour tenter de remédier à cela, il propose de s’inspirer de nos voisins européens qui ont mis en place des systèmes différents aussi bien dans les pratiques pédagogiques que dans les façons d’évaluer l’élève.
Une réflexion sur le système éducatif français qui dénonce les lobbies et ‘autres donneurs de pensées’ et propose un consensus citoyen pour le choix des programmes enseignés aux élèves.

SA DEFINITION DE L’EDUCATION
« Sur un plan de la société, l’éducation est le processus par lequel les Hommes peuvent tenter de devenir moins monstrueux, n’oublions pas nos origines… Pour chaque individu, c’est le chemin indispensable pour diminuer sa dépendance. Plus il sait, moins il est l’objet des pouvoirs quels qu’ils soient. Il peut mieux comprendre le monde, se comprendre, apprendre à vivre avec les autres et devenir éventuellement un citoyen éclairé.
Malheureusement, l’éducation reste encore peu réfléchie. Les pouvoirs et les lobbies s’en méfient et la prennent en otage en permanence. Derrière des discours qui se veulent généreux, tout est fait pour que rien ne change… En fait, on use et abuse de l’école pour sélectionner les jeunes, voire les exclure de la société.
L’institution amuse la galerie par des réformes non pensées, mises en place à la va-vite et jamais évaluées avant de passer à la suivante. Sans Histoire, nos décideurs réinventent l’eau tiède en permanence. Une des nouveautés du futur Collège, l’interdisciplinarité était déjà à la mode dans les années 80.
Actuellement, les savoirs importants pour l’époque ne sont pas à l’école et les enfants s’y ennuient et perdent le goût de l’apprendre. Ce qui veut dire que l’éducation n’est pas seulement l’instruction. L’éducation est un vrai challenge pour aujourd’hui. D’ailleurs, elle ne doit pas être cantonnée à la seule école ; elle est l’affaire de toute une vie. La personne y accède par la famille, les amis, les médias, les professions, les rencontres, les loisirs, etc… Le modèle éducatif est à réinventer. »

REGARD SUR…
L’impact du numérique dans l’éducation.
« Pour l’instant aucun ! Il est une mode, une panacée ou un gadget politique comme le sont pour d’autres la « pédagogie inversée », la « pédagogie inclusive », l’« empowerment », la « carte mentale », la « gestion mentale », la « PNL » (ndlr : Programmation neuro-linguistique), ou l’« interdisciplinarité » ! Pourtant depuis 30 ans, nous militons pour que le numérique soit un « outil », parmi d’autres au service de l’élève. L’éducation est un processus trop complexe pour se développer dans une seule direction. Dans un livre Une autre école pour nos enfants publié en 2002 (Delagrave), nous préconisions l’emploi d’un « netable » – un cartable numérique – pour tous. Il est impensable que les élèves n’apprennent pas à travailler avec le numérique à l’école, alors que celui-ci est partout dans la société ou dans les professions.
A très court terme, il décuplera les possibilités d’apprendre, grâce à Internet, au MOOC, aux conférences TED, aux modélisations et aux simulations, aux imprimantes 3D, mais encore faut-il apprendre aux jeunes à maîtriser l’information, à apprendre à lire en HyperText et à coder, à analyser et à se situer face à des masses de données et surtout à avoir un regard critique sur les éléments trouvés, etc. »

L’initiative éducative qui vous a marquée.
« La création des Ecoles Normales d’Instituteurs en 1810 et développée par la loi Guizot de 1833 (1838 pour les filles). Elles permettaient à de jeunes élèves des classes populaires de poursuivre leurs études. Dans le même temps, elles proposaient une formation pratique très utile pour la classe. Surtout elles développaient un amour du métier et du travail bien fait. Les nouvelles ESPE auraient beaucoup à apprendre de leur fonctionnement et pour commencer de leur état d’esprit. »

Ce que les systèmes d’éducation étrangers ont à nous apprendre.
« Profitons de l’Europe pour confronter nos systèmes éducatifs… Notre pays reste trop figé dans des habitudes centenaires qui font croire que c’est l’unique possibilité. Les pays scandinaves ont un autre rapport à l’enfant, à l’adolescent, une autre façon d’envisager l’autorité à nous apprendre. Les pays anglo-saxons possèdent un pragmatisme et un autre rapport au savoir à partager ainsi que des pratiques pédagogiques plus entreprenantes. L’Espagne, l’Italie peuvent nous proposer d’autres organisations de l’école ou du lycée ou d’autres façons d’évaluer. Le Luxembourg a mis en place un Collège-Lycée très innovant, le Lycée Ermesinde, sans note, avec moins de cours formels, des projets permanents et des disciplines autres au même titre que les maths : le cirque, le jardinage, la cuisine, … »

La part de culture et d’art dans l’éducation d’aujourd’hui.
« Quand on parle de culture en France, on se limite à une vision éthérée, limitée aux grecs et aux latins que nos conservateurs continuent de vénérer, étant les seuls qu’ils ont côtoyés. Ils font l’impasse sur la culture arabo-andalouse qui pourtant nous les a fait connaître et sur les autres cultures, de la chinoise, des indiennes aux africaines. Ces dernières ont beaucoup à nous apporter sur le plan de l’environnement, de l’économie ou du vivre ensemble. L’Histoire des idées et celles des sciences et des techniques sont de même éludées alors que nous vivons dans un monde transformé par ces dernières.
L’art, par ailleurs, reste le « parent pauvre ». Il est de « bon ton » pour un ministre de faire un couplet miséricordieux, mais ce domaine est toujours dévalorisé. On le voit au collège des professeurs de fin de trimestre ; il est rare qu’un enseignant d’art graphique ou de musique ose contester l’appréciation du professeur de math ! Malgré les efforts et l’originalité de nombre de professeurs, cet enseignement reste trop limité. Comme l’écrivait Jack Lang en 2000, l’éducation artistique reste « une longue marche » ! Pourtant son rôle pourrait être considérable pour favoriser la créativité, l’imaginaire dont les personnes et notre société ont fortement besoin ou pour limiter la consommation effrénée ou encore la violence. »

Une relation idéale entre l’école, les parents, l’entreprise.
« Ne pensons pas relation idéale, pas question de rêver ( !), mais simplement optimale, c’est-à-dire possible. Les parents ont un rôle indispensable sur le cours de l’école et cela à plus d’un titre. Déjà au niveau des programmes et de son organisation, ils pourraient avoir un rôle moteur pour « bouger » nos politiques et nos décideurs. Encore faudrait-il qu’une réflexion sur l’école, ses contenus et son évolution soit partagée. Actuellement, ils restent prisonniers du tam-tam des médias et des donneurs de pensée qui maintiennent leur attention sur de faux problèmes. Une réflexion, type consensus citoyen, est à mettre en place, hors des corporatismes, sur les savoirs indispensables pour un jeune d’aujourd’hui. Les disciplines habituellement enseignées, à travers leurs programmes décalés et abscons, auront alors du souci à se faire !
Par ailleurs, les parents ont des compétences à proposer dans le cadre de l’école, en fonction de leurs professions ou comme accompagnateurs des difficultés. Déjà faudrait-il que les parents ne démissionnent pas de leur métier éducatif à la maison et surtout que les enseignants soient formés à rencontrer et à coopérer avec les parents. »

UN PAS VERS L’EDUCATION IDEALE
« Mettre au programme la place de la personne qu’est chaque élève. Travailler sur sa propre personnalité, déjà en prendre conscience devrait faire partie des fondamentaux de l’école. « A quoi je tiens ? » « Qu’est-ce qui me porte ? » « Que suis-je ? », « qu’est-ce que j’aimerais être ?» pourraient être au programme dès l’école maternelle…
Déjà quand on sait ce qu’on veut faire, la motivation, le plaisir d’apprendre sont au rendez-vous. Mais surtout nombre de jeunes n’ont pas confiance en eux ou ont une faible estime de soi, autres points à développer. Il s’agit de reconnaître le jeune dans toute sa singularité, faite de potentialités différentes à faire émerger, de parcours diversifiés, accompagnés et non imposés, à des rythmes différents. Il s’agit également d’aller au-delà d’une réussite personnelle pour apprendre à « faire société » dans la (Re)connaissance et le respect de l’autre. »

QUESTIONS RUSH
TEDxCEED : Plutôt tablette ou papier ? Stylo ou stylet ?
André Giordan : es deux ! Les deux sont indispensables et en synergie. Il faut éviter ces oppositions stériles liées à notre pensée binaire…

TEDxCEED : La faute de Français que vous détestez ?
A.G : Aucune… même si je ne suis pas pour le « komencava » ou le « j’tapLDkej’pe » !

TEDxCEED : La faute de Français qui vous a traumatisée ?
A.G : Apercevoir avec un seul ‘p’. Mais évitons de faire perdre du temps aux jeunes sur les reliquats de l’histoire de l’orthographe… Il y a tant à apprendre…

TEDxCEED : Définissez l’éducation en un mot.
A.G : Autonomie

UN MOT, UNE EXPRESSION OU UNE CITATION SUR L’EDUCATION.
« Si tu donnes un poisson à un homme, il mangera un jour. Si tu lui apprends à pêcher, il mangera toujours. » Proverbe niçois

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Un commentaire pour Le modèle éducatif est à réinventer

  1. Crécerelle dit :

    Superbe interview. Merci beaucoup de l’avoir partagé. Je me souviens qu’au début de chaque année scolaire, au collège, on nous demandait de noter sur une feuille ce que l’on souhaitait faire plus tard. Je n’ai jamais vu le lien entre la question et l’enseignement. En 4e, mon prof de Math a même fortement critiqué mon souhait professionnel et ce, devant toute la classe. Au lycée, on ne perdrait pas de temps avec ça, point.

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