La lecture comme thérapie

La lecture comme thérapie. un merveilleux article écrit par Marie Robert, notre Directrice Pédagogique Adjointe et Professeur de français et de philosophie. 

« C’est assurément ne pas connaître le cœur humain que de penser qu’on ne peut le remuer par des fictions » – Voltaire, De la Tragédie 

La fiction habite notre quotidien, nos bibliothèques, nos trajets, nos sacs, nos conversations, nos tables de chevet, nos esprits, nos querelles, et cela, même depuis notre plus tendre enfance. Blanche-Neige, Emma Bovary, Capitaine Nemo, Batman, Anna Karenine, Ulysse, Julien Sorel, et tous les autres nous sont familiers. Mais ces rencontres de papier, en plus de nous offrir un heureux divertissement sur une plage abandonnée ou d’habiller nos soirées hivernales, peuvent aussi nous soigner.  L’idée de la fiction comme thérapie est une pratique qui, sans être théorisée, est présente depuis des siècles dans nos sociétés à commencer, par exemple, par la mythologie et sa manière  d’apaiser des émotions à travers le récit de destinées héroïques.

Montessori - lecture

La bibliothérapie

La bibliothérapie est un terme qui désigne une expérience consistant à encourager la lecture pour ses effets thérapeutiques. Sa première utilisation date de 1916, dans un article paru dans « The Atlantic Monthly » sous le titre « A Literary Clinic ». L’auteur y décrit un institut où l’on dispense des recommandations de lecture à valeur de guérison. Un livre peut être un stimulant ou un sédatif, un irritant ou un somnifère. Quoiqu’il en soit, il agit sur nos émotions, sur nos pensées, et enclenche notre réflexion. Des histoires agréables vont nous faire oublier, quand d’autres vont nous déstabiliser.

La bibliothérapie prend aujourd’hui des formes diverses et variées : des cours de littérature pour la population carcérale, des cercles pour personnes âgées ou atteintes de démence sénile.  En 2007, The School of Life a été créée avec une clinique de bibliothérapie, la fiction étant vue comme une cure suprême parce qu’elle offre aux lecteurs une expérience qui leur permet, à travers la rencontre avec un récit et des personnages, de se transformer.  La fiction a une vertu restauratrice. On peut prescrire des romans pour différentes affections, telles le chagrin d’amour, ou l’incertitude dans la carrière.

Mais l’enjeu est d’autant plus crucial quand il s’agit des adolescents.  Car lire de la fiction peut nous faire perdre tout sens de l’ego, et en même temps, nous faire nous sentir pleinement nous-mêmes. Elle est un moyen de vivre des émotions réelles à travers des histoires feintes.

Ainsi la littérature, au-delà de transmettre du savoir et au-delà même du plaisir que l’on peut y éprouver possède trois vertus qui chacune peuvent participer à la construction de l’adolescent :

Traverser des expériences sans en éprouver les dangers.  La fiction sert à nous faire vivre des hypothèses. Elle nous permet d’explorer une situation, parfois extrême, et d’en tirer une sagesse, sans pour autant en assumer les risques parfois irrémédiables.  C’est le principe de la fable qui peut être étendue au roman. Par exemple, se prémunir des méfaits de la drogue à travers des personnages comme les adolescents perdus de Bret Easton Ellis, dans Moins que zéro, est souvent plus efficace que n’importe quelle campagne de prévention ou le discours d’un adulte, pris comme péremptoire.

Découvrir des univers. La fiction étend notre monde et nous emmène dans des pays, et des époques inconnus ou inaccessibles. Les adolescents, plongés dans l’ennui, peuvent trouver un moyen de supporter la morosité de leur quotidien et de viser des horizons qu’ils atteindront adulte. Découvrir la Russie aux côtés de Tolstoï ou le Moyen-Age avec Au nom de la Rose, développe intensément l’envie d’avenir et l’imagination.

Se sentir compris. Dans des périodes de douleur, d’angoisse et de désarroi, il est souvent difficile de dialoguer avec ses proches. Le sentiment d’incompréhension est caractéristique des adolescents. Or, la fiction permet également de faire la connaissance avec des personnages qui ont vécu les mêmes choses que nous, et ainsi de se sentir accompagné dans sa solitude. Lire des histoires d’amour, c’est traverser des sentiments qui nous précèdent. En outre, c’est aussi une incitation au dépassement en voyant que les personnages ont survécu à leur peine. Quand je lis la Princesse de Clèves de Madame de Lafayette, je traverse la question du renoncement. Dans La Recherche du temps perdu de Proust, j’éprouve celle de la jalousie.

Au bout du compte, la fiction est un lieu de connaissance. C’est l’expérience d’un imaginaire qui dit quelque chose de la réalité. Elle est thérapeutique car elle nous conduit à transcender nos émotions. C’est le cas pour nous tous, mais c’est encore plus le cas dans des situations de tumultes comme l’adolescence. J’espère donner le goût de lire à mes élèves, et les inciter à remplir leurs sacs, leurs étagères et leurs tables de chevet de milliers de personnages et de terres vierges à fouler.

Pour aller plus loin :

http://www.franceculture.fr/emission-du-cote-de-chez-soi-les-vertus-therapeutiques-de-la-lecture-en-direct-du-salon-du-livre-de-

 

 

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