L’école fabrique des incultes !

Vous pourrez lire ci-dessous un article écrit par Natacha Polony et paru dans le Figaro du 19 février dernier.

Je suis d’accord avec cette journaliste sur le fait que le débat sur les rythmes scolaires n’est pas la vrai question qu’il faut se poser aujourd’hui. Le problème n’est pas le nombre d’heures passées à l’école par les enfants mais la qualité de ce qu’ils y font.

J’ai un exemple concret au Lycée International Montessori Athéna. Plusieurs jeunes élèves de primaire demandent à leurs parents chaque jour de rester à l’étude jusqu’à 18 h 30. Ils se sentent tellement bien à l’école et les activités proposées y sont tellement passionnantes et dirigées vers le bonheur d’apprendre, qu’ils préfèrent rester à l’école plus longtemps. Et pourtant une de ses élèves est une petite fille âgée de 7 ans et qui a un trajet pour venir d’environ 1 heure et demi chaque jour et chaque soir. Le matin, ses parents la déposent avant 8 heures et pourtant elle est toute heureuse de rester à l’école jusqu’à 18 h 30 chaque jour et lorsqu’elle est en vacances, elle a hâte de revenir.

Le temps passé à l’école n’est donc pas un problème, c’est ce qui y est enseigné et la façon dont c’est enseigné qui sont les vrais problèmes.

Sylvie d’Esclaibes

« Natacha Polony : «L’école ne fabrique plus des hommes libres, mais des incultes !»

GRAND ENTRETIEN – Théorie du genre, Vincent Peillon, feuille de route sur l’intégration, Natacha Polony revient sans langue de bois sur les polémiques autour de l’école qui ont émaillé cette semaine.

Polémique autour de la théorie du genre, dérives communautaires, résultat catastrophique au classement Pisa, l’école Française est en crise. Dans votre dernière chronique pour le Figaro, vous écrivez, «l’école n’instruit plus, n’éduque plus, elle rééduque». Qu’entendez-vous par là?

Natacha Polony – Le vieux débat entre instruction et éducation est complexe. Pour les tenants de l’instruction, dont je fais partie, l’école doit transmettre des savoirs universels. C’était le projet de Condorcet qui est le premier à avoir pensé l’école de la République à travers ses cinq mémoires sur l’instruction publique. A l’époque, on parlait bien d’instruction et non d’éducation, cette dernière revenant aux familles. Certes, l’école transmettait aussi des valeurs, mais celles-ci passaient par l’histoire, la littérature, les textes. Et c’est en cela qu’elles étaient émancipatrices puisqu’elles étaient le fruit d’un savoir. Au cours de la seconde moitié du XXe siècle cet équilibre a été bouleversé. Les savoirs ont peu à peu été abandonnés au profit de ce que les «pédagogistes» appellent le «savoir être». Dans le socle commun de connaissances et de compétences définit par l’Education nationale, les grands textes officiels du savoir sont mis sur le même plan que certaines «compétences» qui relèvent de l’éducation des familles tel que «le savoir vivre ensemble» ou «le savoir respecter autrui». La polémique autour de la théorie du genre, bien qu’elle ait été instrumentalisée par certains extrémistes, illustre la propension de l’école à vouloir concurrencer la vision du monde transmise aux enfants par leurs parents. Il me paraît plus urgent d’apprendre aux élèves à lire, écrire et compter. En tant qu’héritier des Lumières, Condorcet misait sur l’intelligence pour élever les esprits. C’est par là que passe le combat pour l’émancipation et non par un vague catéchisme moralisateur.

La focalisation de l’école sur les questions de société n’est-elle pas justement un moyen de masquer son échec sur l’apprentissage des savoirs fondamentaux?

Certainement, mais à l’inverse la focalisation sur les questions de société est aussi l’une des causes de la crise actuelle de l’école. En effet, un collégien de troisième d’aujourd’hui cumule deux ans de retard de cours de Français par rapport à un élève des années 1970. La volonté de l’école de tout faire, l’hygiène, l’antiracisme, la sécurité routière, l’éloigne de ses missions originelles. J’ai noté le cas concret d’une classe qui a fait appel à 11 intervenants extérieurs en une semaine. Dans ces conditions, comment dégager du temps pour apprendre aux élèves à lire? Il faut effectuer des choix. Cette focalisation sur les questions de société est aussi une manière de tromper les élèves sur leur niveau réel. Pour ne pas faire de sélection, l’école nivelle par le bas en sacrifiant les savoirs fondamentaux au profit de choix pédagogiques démagogiques et accessoires.

Hormis cette dérive sociétale, quelles sont les causes profondes de cette faillite de l’école de la République?

Il y a deux problèmes qui se conjuguent. Le premier dépend de l’école elle-même. Depuis les années 70, les pédagogies constructivistes, d’après lesquelles c’est l’enfant qui construit lui-même son savoir, ont pris le pouvoir dans l’enseignement. Par exemple en ce qui concerne l’apprentissage de la lecture, les neurosciences prouvent que la méthode syllabique est plus efficace que les méthodes mixtes ou globales. C’est pourtant ces dernières qui sont privilégiées par la majorité des enseignants. Pour lutter contre l’illettrisme, il faut revenir d’urgence aux méthodes classiques et arrêter de caresser les élèves dans le sens du poil.

Le second problème est le fruit de la société. Les parents qui ont une vision consumériste de l’école se déchargent de leurs responsabilités. Gavés de télévision, les enfants ne sont plus habitués à contrôler leurs pulsions et à obéir. Ils sont donc plus difficiles à gérer pour les professeurs. Comme l’explique Marcel Gauchet, l’évolution de l’individualisme contemporain rend très difficile la transmission. L’école est confrontée à ce délitement du lien républicain.

Avec le rapport puis la feuille de route sur l’intégration, la gauche a relancé le débat sur l’interdiction du voile et plus largement sur le multiculturalisme à l’école. Le risque n’est-il pas de faire de cette dernière l’otage de tous les communautarismes?

La problématique du voile à l’école remonte à 1989 lorsque Lionel Jospin, alors ministre de l’éducation nationale, saisit le Conseil d’Etat après l’exclusion à Creil de deux collégiennes portant le tchador, puis publie une circulaire statuant que les enseignants ont la responsabilité d’accepter ou de refuser le voile en classe, au cas par cas. Or il existait déjà une circulaire, la circulaire Jean Zay du 15 mai 1937 qui rappelait la laïcité de l’enseignement public et demandait aux chefs d’établissements de n’admettre aucune forme de prosélytisme dans les écoles. Il y a donc eu carence de l’État. Le rôle des pouvoirs publics était d’affirmer la validité de cette circulaire et de faire respecter l’esprit et la lettre de la loi de 1905. Cela nous aurait évité de perdre un temps considérable et d’en passer par une nouvelle loi sur la laïcité en 2004. Venir réveiller cette question aujourd’hui est une bêtise effarante qui montre qu’une partie de la gauche a encore la tête farcie d’idées délirantes! Cette gauche-là a renoncé au projet d’intégration allant jusqu’à nier la préexistence du pays d’accueil, à nier son identité. Il n’y a plus d’hôte, plus d’accueilli. Or, une nation ne peut se perpétuer que lorsqu’elle transmet son héritage. Nous avons cessé de transmettre, pas seulement aux étrangers, à tous nos enfants.

Dans une interview accordé à Libération, Vincent Peillon en appelle pourtant à la défense de l’école républicaine… Qu’en dites-vous? Cela va-t-il dans le bon sens?

Vincent Peillon se veut un ministre philosophe et connaisseur de l’histoire de l’école. Mais il se paie de mots et se réfugie derrière les valeurs et les principes pour mieux pratiquer l’ambiguïté. Les grandes déclarations sont pour lui un moyen d’éluder les vraies questions qui sont la refonte du système des mutations, pour que les jeunes professeurs ne soient plus parachutés dans les classes les plus difficiles, et celle des méthodes d’apprentissage. Comme ses prédécesseurs, il préfère se concentrer sur des questions annexes et dérisoires: les rythmes scolaires, les 60 000 postes supplémentaires ou encore la théorie du genre. Pendant ce temps-là, l’école est incapable d’apprendre aux élèves à lire et à écrire. Elle ne fabrique plus des citoyens, plus des hommes libres, mais des incultes qui seront dépendants des discours les plus idiots! Si 80 % d’une classe d’âge va jusqu’au baccalauréat aujourd’hui, l’école est pourtant plus inégalitaire que jamais. Les statistiques sont terribles. Dans les années 60, 14 % des élèves des milieux défavorisés accédaient aux grandes écoles. Ils ne sont plus que 6 % aujourd’hui. »

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2 commentaires pour L’école fabrique des incultes !

  1. club7 dit :

    Bonjour,
    certes le problème n’est pas le rythme scolaire, bien que je trouve cela énorme pour des enfants (même ados) de partir à 7h ou 7h20 pour ne rentrer que vers 18h voir plus au lycée (trajet bus), mais le contenu. Quand je vois ce qu’ils y font, et tout le temps qu’ils perdent parce que profs absent, trop de chahut dans la classe et que les profs n’arrivent pas à gérer, sans parler du contenu des cours.
    Encore ce matin, en discutant avec un remplaçant de prof de math,il nous disait que sur une heure de cours, il n’y avait que 25 à 30 minutes de « vrai cours », car le reste du temps, il fallait gérer les bavardages, le chahut…..C’est inadmissible.
    C’est vrai que l’éducation revient aux parents, mais quand vous la faites à la maison et que vous faites tout pour que les enfants respectent autrui…..et qu’en contre partie, ils passent plus de 8h au collège ou lycée et que les profs, eux mêmes ne respectent pas les enfants, disent des gros mots, jouent avec leur tél pendant que les enfants font un exo , regardent leurs sms, ou vont sur le net pour regarder mail et sites, critiquent les parents, (c’est ce que vivent mes enfants actuellement), leur crient après sans aucune raison (sauf qu’ils ont des problèmes chez eux)…..et que les enfants sont outrés de voir l’injustice qu’il y a parfois par les professeurs. C’est un peu difficile avec nos écoles françaises.
    Je pense qu’il y a énormément de choses à revoir dans le contenu, mais aussi dans l’attitude des enseignants, surveillants, CPE…..
    Quant à l’inégalité, elle existe entre les milieux favorisés et défavorisés. Mais aussi entre un enfant dit « normal » et un enfant avec un ou des handicaps. Et la seule réponse des profs, c’est « faut que j’avance dans mon programme,je ne peux pas avec X élèves m’occuper que de lui ou lui » et du coup, l’enfant est mis de côté et peut être qu’à cause de ces profs, ils n’arriveront pas à aller au lycée pour faire le métier qui leur plait.

    De toute manière, tant qu’à la tête, ils ne décideront pas de tout remettre à zéro et de mettre leur orgueil français de côté, il n’y aura guère de changement.

    Bonne journée et bon week-end

    • Bonjour, Je partage totalement votre point de vue et tout cela est bien dommage. Surtout qu’il est tout à fait possible de faire autrement. Notre établissement le prouve tous les jours. D’autant qu’avec plus de 20 ans d’expérience, nous avons maintenant le recul nécessaire. Quand je vois des jeunes de 25 ans que j’ai eu comme élèves de la maternelle au baccalauréat et qui sont aujourd’hui avocat, pilote, ingénieur, etc… et qui sont des adultes bien dans leur peau, autonome, responsable, respectueux et heureux de leur vie, je peux dire que ce système fonctionne. Tant qu’on n’acceptera pas de considérer chaque élève comme une individualité à qui il faut proposer un enseignement adapté, les choses ne fonctionneront pas. Merci pour votre commentaire et à bientôt. Sylvie

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